Journal de bord du 29 novembre 2021

Pour la gauche, tout ce qu’on n’aime pas, c’est de droite. La guerre est de droite, la mort est de droite, les antisémites sont de droite, les poubelles qui puent sont de droite, la Chine communiste ethnocidaire, c’est de droite. Tout gauchiste qui devient désespéré et haineux au point qu’il n’arrive même plus à le cacher en société se croit dès lors atteindre la droititude ultime.

Le problème, ce n’est pas que la gauche se débarasse régulièrement de ses déchets politiques gênants en les étiquetant de droite. Le problème, c’est qu’une bonne partie de ces déchets se croient ensuite vraiment de droite.

Lors de ma laborieuse et hilarante exploration des asiles politiques, j’ai pu observer chez ces dissidents un nombre incroyable de socialistes haineux, de chrétiens de gauche dépressifs et des mille et une nuances de national-populisme crasseux entre la gauche et le conservatisme, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’étudier un seul spécimen d’influenceur dissident que je puisse sérieusement considérer comme étant même lointainement de droite à mon sens.

Ce qui se nomme dissidence en France ou alt right aux USA est le dépotoire à ciel ouvert de la dissidence de gauche, un mélange instable et continuellement conflictuel de gauchistes devenus ouvertement haineux et de conservateurs aigris rêvant d’une nouvelle contre-révolution fasciste. Jugez-en simplement aux innombrables parcours communistes des influenceurs dits “d’extrême droite” que la gauche conteste et peine à étouffer.

Heureusement qu’il fut facilement possible d’étudier ces asiles par internet, sans avoir besoin de souffrir leur présence comme il aurait fallu le faire quelques décennies plus tôt pour apprendre la même chose. Il n’y a rien qu’on ne puisse pas deviner d’emblée de l’extérieur avec un peu de jugeotte, et je préfèrerais largement prendre un bain dans le Gange que de m’infliger un seul événement en compagnie de soralo-zemmouriens de GI ou d’ailleurs. D’ailleurs, même au sommet de mon lointain trollage, les conservateurs l’ont toujours bien ressenti et m’ont toujours détesté (à raison) pour ça. Les plus paranos avaient déjà raison d’avoir peur de moi : je n’ai jamais caché être anti-dissident et avoir pour but de tourner en ridicule la dissidence soraloïde. Tous savent bien comment j’ai défoncé dès le début l’antisionisme antisémite des asiles dissidents, m’amusant à voir si ça pouvait les rendrait moins gauchistes, et me réjouissant publiquement de la pagaille occasionnée par ce déchirement entre tiers-mondistes antisémites et verticalistes sionistes. Même chose par la suite entre asiliens paganophobes et asiliens paganophiles, à travers l’anti-christianisme. Puis entre incels gynophobes et verticalistes anti-incels. La dissidence est tout à la fois une poudrière psychiatrique, un laboratoire d’idées et un jouet politique.

Mais rien n’a fondamentalement changé dans la dissidence, même après toutes ces mutineries. Certains ont guéri d’un antisémitisme psychotique mais pas des causes de cet antisémitisme. Quelle ne fut pas ma surprise de les voir alors sortir de leur cave un juif vichyste prostatiquement en guerre contre la féminité au point de faire des doigts d’honneur “bien profond” à des femmes, en pleine campagne présidentielle. L’humain retombe toujours politiquement sur ses pattes. Il revient toujours à sa philosophie politique profonde : égalitariste sinistriste, libéral dextriste ou autoritariste conservateur. Les errances politiques des uns et des autres ne sont que des contorsions sociales de circonstance pour rejoindre la philosophie politique qu’on a dans notre cœur, presque inscrite dans notre génome.

Pour ma part, je n’ai pas trouvé l’ombre de ce que j’appelle la droite et que je suis désormais résolu à construire pierre après pierre. C’est un travail qui absorbe chaque instant de ma vie. En début décembre, je vais mettre en place une vulgarisation audio des concepts que je développe avec Solveig Mineo, parce que je compatis sincèrement avec le tiers de l’humanité qui attend plus ou moins consciemment une nouvelle révolution intellectuelle libérale. Le chemin parcouru depuis le Manifeste de l’occidentalisme est colossal. Je dois vous partager ces avancées, dont certaines uniquement de façon privée.