Savoir larguer les amarres

Les idées brillantes, les intuitions justes et les analyses extralucides sont beaucoup moins rares que ce qu’il est commode de dire. Les réseaux sociaux en sont littéralement saturés. Pourtant, ils sont dominés par le vide et la névrose. Comment de si bonnes pistes peuvent-elles pousser tant de monde — à commencer par ceux qui les ont annoncées — à se ronger l’esprit dans des obsessions monomaniaques et s’enfoncer à sa perte dans l’addiction au flux indiscontinu et imperturbable des informations toxiques du jour ?

La réponse est décevante tant elle est simple : aucun, je dis bien aucun de ces internautes damnés ne prend en compte les informations qu’il passe sa vie à vouloir faire lire aux autres. L’injonction transparti au réveil des consciences pousse des êtres autrefois humains à se transformer en automates du partage, primeurs en malheur diffusants des articles radioactifs qu’ils ne lisent pas, avec des avis catégoriques sur des idéologies qu’ils ne connaissent que par les résonnances de leur chambre d’écho d’asile. Il est plus important pour l’internaute d’avoir un avis, et un avis sur tout, que de suivre ne serait-ce que quelques mètres d’une piste qu’il a évoquée pour gagner trois j’aime.

Les réseaux sociaux nous épargnent de fréquenter des gens qui se rendent déjà bien assez insupportables à travers un écran. Ils nous donnent, au prix d’un morceau de notre âme, une certaine idée d’un enfer virtuel peuplé d’ombres amères condamnées à errer tant qu’elles n’auront pas réussi à convaincre tout le monde de la validité du diagnostic qu’elles assènent inflexiblement aux autres. Dans le flot des obsessions contradictoires des légions hétéroclites d’indignés anonymes et de bafoués en colère, les demi-intelligents, les théologiens sans foi et les stratèges sans armée forment les cohortes prétoriennes de la pensée stérile.

Mais les pires de ces ombres sont sans doute celles qui se considèrent des électrons libres, ces détenus donnant à leur lâcheté et leur absence de conviction le drôle de nom d’éclectisme, benêts éternellement satisfaits dans la contemplation de l’immensité des choix qu’ils ne feront jamais, des portes qu’ils n’ouvriront jamais et des chemins qu’ils n’exploreront jamais.

Face aux réseaux sociaux, perplexe et insatisfait, j’ai toujours sciemment refusé les débats et les engouements orchestrés. J’ai eu un grand succès en offrant à ceux qui me suivaient la satisfaction de bien comprendre pourquoi la quasi-totalité des débats politiques sur internet n’avaient aucune raison d’exister. J’ai ridiculisé et envoyé par le fond l’antisionisme, l’antisémitisme et le tiersmondisme pseudopatriote sur internet. J’ai poussé les chrétiens à avoir honte de leur religion et à se faire passer pour des athées ou des victimes. J’ai même terrorisé les nazis en créant la Droite Antifasciste et en envoyant des déjections islamofascistes vertes-brunes devant les tribunaux pour répondre de leurs apologies nazies d’attentats musulmans. Même Christine Tasin a été choquée de notre épuration des néonazis islamophiles et s’est mise à soutenir l’asile Démocratie Participative. L’antifascisme de droite n’en est qu’à son début, tout le camp pseudopatriote est déjà en larmes devant la nouvelle vigilance citoyenne.

Avec le Manifeste de l’occidentalisme, nous avons rendu publique la fracture indépassable et intemporelle entre deux camps que rien ne mettra jamais d’accord : la fausse droite des chrétiens conservateurs europhobes qui estiment que les Européens ne méritent pas la liberté, et la seule vraie droite qui est forcément progressiste, libérale et féministe. Un Manifeste, c’est ce qui rompt avec l’asile à ciel ouvert des fous aussi extra-conscients qu’extra-incohérents. Un manifeste est une œuvre politique qui témoigne d’une époque, à portée universelle et éternelle, annonçant une direction en ne demandant à personne la permission d’exister. Écrire un manifeste, ou adhérer aux valeurs d’un manifeste, c’est prendre une direction, quitter définitivement la croisée des chemins et les débats entre ivrognes sur les quais. Il n’y a qu’en adhérant à un manifeste ou en écrivant le sien qu’on sort du grand fourre-tout des prises de conscience stériles.

Le Manifeste, c’est l’équipage, mais il ne servirait à rien sans un navire pour quitter le port de l’indécision. Ce navire, ce sera notre forum, Alba Nova, que nous ouvrons progressivement au public sans clameur ni trompette. Si ce billet vous a parlé et que la devise Liberté, Progrès, Hédonisme vous plaît, et que vous êtes capable de respecter une charte, vous êtes les bienvenus dessus. Dorénavant je ne communiquerai que sur mon canal public et sur les autres rubriques du forum, je n’utiliserai les autres réseaux que pour faire parfois un lien vers le forum comme une navette pour les retardataires.

Le forum ainsi que l’ouverture prochaine d’une plateforme de blogs me permettront de transformer ce blog en un carnet de bord plus personnel.

 

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